Entracte avec Serge Toubiana

Serge Toubiana, directeur de la cinémathèque française (photo : AFP/PIERRE VERDY)
Les premières impressions du directeur de la Cinémathèque Française, en tenue de soirée, pendant la cérémonie d’ouverture :
Comment s’annonce cette 62 ème édition du festival de Cannes ?
Je la sens un peu sérieuse. On sent le cinéma dans un état de responsabilité, de gravité par rapport au monde. Ce sera un festival studieux mais qui sera peut être pas mal du tout !
La Nouvelle Vague fête son cinquantième anniversaire. Qu’a t-elle apporté au festival de Cannes ?
Elle l’a rajeunit et lui a donné une image de cinéma d’auteur, en rupture avec un certain académisme. Par leur jeunesse, leur audace, des films comme « Les 400 coups » ou « Hiroshima mon amour » ont secoué le festival. De jeunes cinéastes comme François Truffaut, Alain Resnais gagnaient leur liberté contre l’emprise des studios
Qui sont les héritiers de la Nouvelle Vague ?
De très grands réalisateurs américains comme William Friedkin, Arthur Penn, Coppola, Spielberg, Scorsese ou George Lucas se sont littéralement nourris de l’influence de la Nouvelle Vague. Sans doute parce qu’ils étaient, à leurs débuts, confrontés à la domination des studios. Ils ont vraiment analysé les films de Godard, Truffaut, Resnais… Les cinéastes français, eux, ont eu besoin de mettre de la distance par rapport à la Nouvelle Vague. L’héritage est lourd à porter. Arnaud Depleschin, Olivier Assayas, Claire Denis y ont cependant puisé le goût du récit, du romanesque.
Quel rapport entretenez-vous avec le festival de Cannes ?
J’y viens chaque année depuis trente ans. Et je ne m’en lasse pas . Cette manifestation entretient un rapport fort avec le cinéma. Les sélections sont denses. Il existe une vraie tension. On attend quelque chose. Je vois environ trois films par jour. En 1992, en tant que critique, j’ai fait partie du jury. Gérard Depardieu en était le président. On a eu du mal à trouver une Palme d’Or. Finalement, neuf membres sur dix ont voté pour « Les meilleurs intentions » de Bille August. J’étais le seul à voter pour « The Player » de Robert Altman. Le jury a été sifflé pour son choix. Avec le recul, je pense que je n’ai pas eu tout à fait tort….
Propos recueillis par France Lebreton
14/05/2009


14/05/2009 à 16 h 53 min
Merci France pour votre blog, grâce à vous et à Pèlerin nous sommes un peu sur la Croisette et vivrons la semaine les yeux ouverts;
et citation du jour:
Jean-Luc Godard: « l’art, est-ce par quoi les formes deviennent humaines? »